Et j'monterai ces escaliers. Ouvrirai cette porte qui grincera à trop être restée fermée. J'te crierais du regard que j'suis là. Que j'suis bien obligée. Et toi tu retourneras t'asseoir à cette table, ta tasse de café devant toi et une cigarrette au bord des lèvres. Non, pas un sourire, rien. Pas d'émotion. Non. Pas de larmes. Rien. Les miennes défileront intérieurement, comme toujours. Dans le silence on pourra même les entendre s'écraser au goutte à goutte contre les cailloux du fond de mon estomac. Mes yeux se riveront sur ton dos, puisque je ne pourrais voir de toi que ça, d'où je serai. J'n'avancerai pas plus. Puisque rien ne m'y aura invité. Pas même les fantômes d'un passé encore un peu trop proche. Ce passé qui m'enserre la gorge plutôt que de m'enlacer. Ce je ne sais quoi qui m'enfonce au plus profond de moi-même, me laissant seule face à mes souvenirs, à ce qui n'existera plus. Plus jamais. Tu l'entends, ça? Ca t'fait quoi? Est-ce que ça te manque autant qu'à moi, parfois? Tant de questions qui résonneront dans le silence. Ce silence dans lequel je serai contrainte d'exister, de vivre, pendant trois années. Ce silence dans lequel je hurlerai parfois. Je hurlerai cet abandon involontaire que j'aurai subi. Le pourquoi du comment, auquel je n'aurai jamais eu de réponse. Je m'éffondrerai sur ce sol carrelé. Vomirai sur cette tapisserie que j'avais choisie avec toi, au début qu'tu avais cet appartement. Tu t'souviens papa, il était pour nous deux cet appart. Je lui pleurerai ces choses qui me tailladeront les veines, mais elle n'y fera rien, de là où elle est, on n'y peut rien, on ne peut qu'observer, et encore, c'est ce qu'on dit. Et toi, toi tu diras rien. Comme toujours, tu ne verras rien. Pas même ces gouttes de sang sur le sol, cette lame sous l'oreiller ou ces larmes juste au dessus. Non. Je te crierais ce non-amour. Ce manque de sentiments berçants. Je me noierai dans mes propres larmes, j'étoufferais de ton indifférence. Et je claquerais la porte. J'partirais je ne sais où, j'n'aurai nulle part. Ici. Juste ce car abîmé. Il m'amènera bien trop loin. Il m'amènera dans ma vie, celle dont je n'aurai plus droit. J'la carresserai du bout des doigts, j'me perdrais dans leurs bras. Ou bien au fond des bouteilles que l'on aura acheté. Ils me feront m'échapper mais ça ne sera jamais bien assez long. Tu me retrouveras. Et la porte claquera à nouveau. Mais cette fois j'serai à l'intérieur. Cage en bois. Pas d'or ni d'argent. Rien. Simplement le bruit de tes pas qui vont et qui viennent. Des siens aussi. De sa voix qui me narguera. Des mots que tu lui adresseras. Et du mépris. J'retiendrais que ça. Ton mépris. Et j'te haïrais encore plus que je ne le fais ce soir, en imaginant tout celà. J'aurai les doigts en sang à trop les gratter contre la porte. Dans cette chambre dans laquelle j'ai évolué. Un peu. Parfois. Quand j'étais gosse. Cette grande fenêtre que l'on ne peut ouvrir. Et ce manque d'oxygène qu'il me manquera. Puisqu'elle ne sera plus là. Ma liberté, ma vie, et tout ce qui s'en suit. J'n'aurai plus rien. Plus que ce manque. Puisque toi, ça fait bien trop longtemps que je ne t'ai plus. Que tu sois à dix mètres ou quatre vingt kilomètres. Comment peut-on faire cela? Comment as-tu pu oser? Je te hais. Je te hais de me mépriser. De me sous-estimer, de m'enfoncer encore plus profond que je ne le suis. Comment peux-tu essayer de me détruire ainsi? Comment peux-tu y arriver même si ça fait trois ans? Comment peux-tu? J'en ai marre des questions. Y a même pas de rhétorique. Y aura même pas de réponse. Y aura rien. T'es qu'une pourriture, voilà la seule réponse qui pourra survenir. T'es qu'une pourriture. Une ordure. Un homme. Alors remballe les, tes promesses, ce pied d'estal sur lequel je t'avais cloué, quand j'étais conne. Remballe tout ça, tous tes jolis mots. Aussi idiots peuvent-ils être. Aussi banals peuvent-ils te paraître. Pour moi ils étaient vrai. Moi, j'y croyais. Et la chute fut rude. La chute fut longue. J'ai même dû te tuer dans mon esprit, pour pouvoir enfin respirer. Pour me remettre à vivre. Pour me remettre à y croire. A penser à autre chose. A autre chose qu'à toi, papa. A toi et ta trahison. Cet abandon. Cet abandon qui m'a rongée et qui me ronge encore finalement. J'croyais vraiment en avoir fini avec ça. Qu'en te tuant mentalement tout aurait pu s'améliorer. Mais il a fallu que tu reviennes. Espèce de sombre con. Que tu reviennes pour dire que tu ne voulais plus de moi. J'le savais déjà ça. Tu m'l'avais déjà dit. N'était-ce pas suffisant?